Quand sont apparus les premiers éco-quartiers ?

Alain Jung : On a vu se développer les premiers éco-quartiers il y a une quinzaine d’années au Nord de l’Europe tout d’abord, puis en Allemagne, et depuis 2008 en France. Avec ces quartiers, l’objectif est de travailler sur le mode de fabrication de la ville de demain : forme urbaine, énergie, gestion de déchets, biodiversité… Il faut se préparer à la perspective de 2050.

 

Parlez-nous de la labellisation des éco-quartiers ?

A.J. : La labellisation, mise en place par le ministère du Logement, permet de faire évoluer le bâtiment. Avec cette charte, chacun à son niveau – qu’il s’agisse d’agglomérations, de petites communes et de bourgs en milieu rural – peut aller vers un objectif qui peut être, en effet, l’obtention du label Eco-Quartier. A ce jour, il existe 39 éco-quartiers labellisés construits ou en cours de construction, une centaine de quartiers ont manifesté le souhait d’aller dans ce sens et environ 200 quartiers se sont engagés à atteindre un certain objectif en termes d’énergie, de déplacements, d’économie circulaire etc.

 

Y a-t-il des points communs à tous ces quartiers intéressés pour devenir des éco-quartiers ?

A.J. : On trouve des choses très différentes selon que l’on est en milieu urbain, en renouvellement urbain ou en milieu rural. Mais globalement, on remarque qu’en renouvellement urbain, il s’agit souvent de réhabilitation de friches industrielles ou d’anciens bâtiments publics. Par exemple, le premier éco-quartier à avoir été labellisé a été le quartier de Bonne, à Grenoble, et c’était une ancienne caserne.

 

Quels sont, pour les différents acteurs, les avantages de l’éco-quartier labellisé ?

A.J. : Les éco-quartiers labellisés ne bénéficient pas de financement particulier. C’est une manifestation de la volonté publique de répondre aux enjeux de la signature de l’accord Climat. Les habitants ont la garantie de vivre dans un quartier vertueux. Pour les bailleurs sociaux et les promoteurs privés, c’est une démarche de qualité. Et c’est intéressant pour les communes de dire qu’elles préparent la ville de demain.

L’éco-quartier Danube à Strasbourg

 

Quels sont les leviers utilisés par ces éco-quartiers pour préparer la ville de demain justement ?

A.J. : Les éco-quartiers permettent d’expérimenter de nombreux sujets. Des débats publics sont régulièrement menés sur la ville de demain, dans lesquels on aborde les questions d’utilisation plus raisonnée des espaces naturels, de mutualisation des services, de construction en hauteur, de végétalisation des espaces naturels et des toitures, de disparition du stationnement sur l’espace public pour le mettre en sous-sol etc. Il faut trouver des compromis entre le bien-être chez soi et le respect de la planète. Et il faut penser à tout le monde pour que la qualité environnementale soit accessible au plus grand nombre. C’est le propos des éco-quartiers.

 

Y a-t-il un objectif en nombre d’éco-quartiers à atteindre en France dans les années qui viennent, et quel est-il ?

A.J. : Oui, il faut arriver à 500 éco-quartier d’ici à 2018. Si l’on veut préparer le défi climatique de 2050, on a intérêt à avoir le plus possible d’éco-quartiers. Il faut les étendre aux quartiers de renouvellement urbain et notamment aux quartiers populaires, y compris aux banlieues de nos villes, aux quartiers des années 60 et 70, où l’isolation thermique et phonique, l’accessibilité et l’intégration de la nature laissent beaucoup à désirer. Car les éco-quartiers, ce n’est pas seulement du neuf, c’est aussi de la rénovation. Au-delà de la rénovation thermique, tout ce qui concerne les déplacements, la santé ou l’économie circulaire doit être appliqué à la rénovation.

 

Quels sont les points les plus importants de la charte de labellisation des éco-quartiers ?

A.J. : Il y a l’énergie bien sûr, mais aussi le travail sur la qualité de l’air intérieur, surtout quand le quartier est situé à proximité d’une route passante. Il y aussi les offres alternatives en matière de déplacement, le travail sur l’insonorisation, la qualité paysagère et l’utilisation de matériaux plus naturels et locaux.

 

La charte est-elle la même pour tous les éco-quartiers ?

A.J. : Certains points de la charte sont plus ou moins appuyés selon les configurations et le lieu d’implantation des éco-quartiers.En milieu rural par exemple, la question des modes de déplacement ne peut pas être prise en compte de la même façon qu’en ville. Il faut envisager un éco-quartier peu éloigné du centre-bourg si l’on veut que les enfants aillent à l’école à pied. Certains quartiers préconisent le bois de construction, d’autres la brique. En termes de plantations, les essences peuvent être locales ou exotiques… Les collectivités s’engagent donc sur un certain nombre de critères par rapport à ce qu’elles souhaitent ou ce qu’il est possible de faire. Cependant, les objectifs doivent rester ambitieux.

 

On parle de « l’approche française », par rapport aux approches étrangères des éco-quartiers. De quoi s’agit-il ?

A.J. : En Allemagne et en Suède, les avancées se sont faites de façon très pragmatique, à l’initiative de citoyens, en dehors de toute réglementation. En France, on a fait le choix d’expérimenter puis de réglementer. Par exemple, en ce qui concerne la performance énergétique, on regarde les différentes solutions, on fait des choix et on les applique au plus grand nombre.

 

Parlez-nous du Forum Ouvert qui s’est tenu le 18 juin 2016…

A.J. : Environ 400 personnes y ont participé : élus, techniciens, aménageurs, architectes, urbanismes, bailleurs sociaux, habitants… L’objectif était d’échanger, de partager et de confronter des idées. Cela permet de profiter des expériences des autres, de voir comment il est possible d’étendre la démarche des éco-quartiers au plus grand nombre et pas seulement à ceux qui en ont les moyens.

 

Eco-quartiers et habitat social peuvent-ils aller de paire ?

A.J. : Absolument. Les éco-quartiers peuvent aussi permettre de transformer des quartiers défavorisés en quartiers où il fait bon vivre et où on a envie de venir habiter.

*Construits ou en cours de construction