Comment les toitures végétalisées peuvent-elles aider à mieux vivre en milieu urbain ?

Emmanuelle Gauvrit

Emmanuelle Gauvrit : le toit végétalisé a une première fonction esthétique qui est de ramener de la nature en ville et ça pour le bien-être des usagers du bâtiment. Mais il possède également des bénéfices indirects : la végétation va protéger la toiture des intempéries et prolonger la durée de vie de la membrane d’étanchéité, et réduire le bruit. L’été, le substrat qui va toujours être humide, rafraichît l’ensemble du bâtiment et permet de lutter contre les ilots de chaleurs en ville.

 

 

 

Est-ce que les toitures végétalisées peuvent fleurir partout ?

E.M. : Oui, nous en avons posé dans les zones urbaines et péri-urbaines à Nancy, Lyon ou l’Ile-de-France. En revanche, dans le Sud, en dessous de Lyon, il est impossible d’installer une toiture végétalisée sans circuit d’eau en raison d’une faible pluviométrie.

Alcatel : toit végétalisé

 

On imagine que le toit végétalisé connait des modes, quelles sont les tendances ?

E.M. : Les collectivités nous demandent de la biodiversité, ils veulent trouver en toiture les mêmes espèces que celles qu’on trouve au sol. Bien sûr ce ne sont pas les mêmes végétaux à Lille qu’à Lyon. Il existe autant de solutions de toits végétalisés que d’espèces : vous pouvez trouver des toits composés d’espèces de sédums et de plantes aromatiques et médicinales qui ressemblent à des paysages méditerranéens ou de steppe ; ou alors des toitures jardin et même des toitures d’arbustes. Vous avez aujourd’hui une autre tendance qui se dessine et qui est assez éloignée des toits végétalisés, ce sont les toits potagers.

Et qu’attendent les professionnels ?

E.M. : Ils recherchent un aspect fonctionnel : « j’ai un espace peu utilisé sur mon bâtiment, le toit, comment je peux l’aménager et en tirer profit en créant un espace de vie tout en améliorant l’habitat ? » C’est ce sur quoi nous travaillons actuellement : le toit végétalisé peut être mis en place avec un couvrant en bois et une allée circulable pour un objectif de sociabilité.

Depuis 20 ans, les techniques ont évolué ?

E.M. : Nous travaillons sur la gestion de l’eau pluviale et la toiture hydraulique connectée. Grâce à notre technologie Hydroventiv® (qui a remporté la médaille d’or dans la catégorie solutions smart au Mondial du Bâtiment, NDRL) sous la partie végétalisée, un bac recueille l’excédent de pluie pour imprégner les plantes. Ce système a un double bénéfice : l’optimisation de la ressource d’eau en évitant d’utiliser de l’eau potable et la vidange contrôlée. Car l’eau qui n’est pas utilisée pour l’arrosage va être reversée au réseau grâce à un débit de fuite contrôlé (de plus en plus exigé par les collectivités locales NDLR).

Comme cela fonctionne-t-il ?

E.M. : Le système est équipé d’un capteur qui permet de suivre les performances de la toiture, de mesurer le volume d’eau. Le gestionnaire du parc ou de bâtiment peut accéder à une interface et observer sur une période donnée : à la journée, au mois ou à l’année, comment s’est comportée sa toiture, intervenir manuellement sur la régulation de l’eau en cas de sécheresse ou de forte pluie.

Toit végétalisé

Existe-t-il une différence entre toiture et façade végétalisées ?

E.M. : Pour les architectes, les façades sont davantage un élément esthétique qui valorise le bâtiment, c’est un peu leur signature. Contrairement à un toit, la façade doit être irriguée à 100 % du temps. Il faut donc mieux éviter les espèces tropicales qui demandent beaucoup plus d’eau et favoriser les espèces classiques qui résistent au climat. Sur notre dernier projet : l’Ecocampus d’Orange, à Chatillon (92), le circuit de récupération d’eau pluviale a été pensé en amont de la construction du bâtiment. Avec le contrôle de l’irrigation et l’instrumentalisation numérique, on peut surveiller le bon fonctionnement du toit. Le pilotage à distance de ce système permet d’optimiser l’entretien et d’envoyer les équipes au bon moment, en cas de fuites ou sous-débit et coupures d’électricité notamment, car en 48 heures, un mur végétal peut être détruit.

Les toits végétalisés sont–ils la voie verte à emprunter obligatoirement par les Smart Cities ?

E.M. : Tout dépend de ce qu’on entend comme définition de Smart City, mais si le fait de gérer et d’optimiser les ressources, de penser au bien-être des usagers de la ville, de lutter contre les ilots de chaleur… font partie des points de vigilance des Smart Cities, alors oui les toits végétalisés ont toute leur place.