Alors que le bâtiment de demain devient peu à peu une réalité pour les acteurs de la construction, les besoins en nouveaux matériaux n’ont sans doute jamais été aussi élevés au sein de la filière. Les raisons sont loin d’être univoques. Tout d’abord, la recherche de compétitivité sur un marché à très forte intensité concurrentielle impose aux maîtres d’ouvrage de repenser les manières de construire, en recourant notamment à des matériaux faciles d’utilisation et générateurs d’économies. Ensuite, le durcissement des normes et réglementations thermiques ou environnementales, mais aussi les exigences toujours plus fortes en matière de RSE, poussent les Bouygues Construction, Eiffage et autres Vinci à se tourner vers des solutions durables et respectueuses de l’environnement, et surtout combinant à la fois efficacité énergétique et réduction de l’empreinte carbone. Quant au bouleversement des usages, largement drivé par la technologie, il propulse désormais sur le devant de la scène les matériaux portant une proposition de valeur (technologique) innovante. Autant d’opportunités à saisir, et de défis à relever pour les fabricants.

Plus de 1700 brevets déposés en 3 ans pour 5 matériaux

Les fabricants de matériaux pour la construction ont d’ailleurs bien compris ces nouvelles attentes. Depuis plusieurs années maintenant, ces derniers rivalisent de créativité pour développer des solutions innovantes à forte valeur ajoutée. D’après les données récoltées par Xerfi auprès de l’INPI en octobre 2018, ce ne sont pas moins de 1 700 brevets qui ont été déposés pour les matériaux verre, bois, acier, composite et béton dans le secteur de la construction entre 2015 et 2017. Le pic a été atteint en 2017, avec un peu moins 630 brevets recensés sur l’exercice. Si l’innovation touche tous les matériaux, il reste encore des différences assez marquées selon leur niveau de maturité. Ainsi, le béton concentrait encore à lui seul 200 brevets en moyenne par an sur la période étudiée.

Dans ce contexte, les acteurs traditionnels sont clairement à l’offensive. Via sa filiale Placoplatre, le leader Saint-Gobain a par exemple récemment lancé la paroi C Stil®, qui permet entre autres de diminuer les coûts de construction en allégeant le poids des ouvrages et en réduisant la durée du chantier. Il a également développé SageGlass®, technologie de vitrage intelligent qui permet de faire varier la teinte du verre en fonction de la luminosité, d’améliorer le confort des occupants et de générer des économies d’échelle. Afin d’accélérer dans cette voie, le champion français vient en outre de faire l’acquisition de plusieurs spécialistes de niche, à l’image de l’Allemand Kaimann (produits isolants à base d’élastomère) ou encore de l’Américain HyComp (composants composites à base de fibres de carbone). S’il n’est évidemment pas le seul à faire de ces nouveaux matériaux l’un de ses principaux chevaux de bataille, Saint-Gobain a déjà pris une bonne longueur d’avance par rapport à la concurrence.

Matériaux connectés, vitrages photovoltaïques, etc. : les start-ups à l’avant-garde

Mais les initiatives les plus détonantes sont pour le moment surtout portées par les nouveaux acteurs. Les start-up spécialisées dans les matériaux innovants pour la construction fleurissent à l’heure actuelle. Parmi les 300 start-ups de la Construction Tech monitorées par Xerfi, environ une trentaine intervient en effet soit directement dans le développement de nouveaux matériaux, soit auprès des fabricants eux-mêmes. Ces sociétés ont à ce jour levé plus de 225 M€ d’après les informations à notre disposition. Certains segments sont plus particulièrement porteurs. C’est le cas du segment des constructions à énergie positive, avec notamment le succès des vitrages photovoltaïques semi-transparents de Sunpartner Technologies, entreprise créée en 2008. Signe du boom de la demande, la société a ouvert sa première usine fin 2017 pour y produire sa gamme Wysips Glass®, destinée aux secteurs du bâtiment et du transport.

Dans le domaine des matériaux connectés, les innovations sont également nombreuses. À titre d’exemple, la start-up 360 SmartConnect, fondée en novembre 2016, a notamment imaginé un moyen de communiquer avec le béton par le biais d’un smartphone standard. Grâce à une puce RFID (Radio Frequency Identification) intégrée dans le béton, un certain nombre d’informations stratégiques peuvent être collectées, comme la date de la pose ou des maintenances, les caractéristiques techniques propres ou encore la composition en vue du recyclage. La société ne compte pour l’heure qu’une poignée de clients dans la construction (spécialistes du béton prêt à l’emploi en particulier), mais cherche à séduire de nouveaux prospects…et investisseurs. Un premier tour de table était en cours en fin d’année 2018.

D’importants efforts de R&D sur le segment des matériaux de construction