Mulhouse poursuit sa transformation. En réhabilitant un site chargé d’histoire comme la société DMC, la ville vise à plus d’ouverture entre les différents quartiers, plus de mixité entre les différentes structures tout en développant les projets transfrontaliers. Explications avec Mme Catherine Rapp, adjointe au Maire, déléguée à l’urbanisme.

 

Lorsque l’on travaille sur un projet à 25 ans, comment envisage-t-on l’avenir et comment anticiper les besoins et les mutations de la ville ?

Catherine Rapp : La mutation, la transformation d’une ville est toujours une action de longue haleine, qui se traduit progressivement sur le terrain et dans l’espace urbain.
Ce temps long, fait de réflexions, d’anticipations et de mise en œuvre progressive est d’autant plus nécessaire que la transformation en question touche un quartier emblématique de la Ville de Mulhouse et qu’il n’est pas fait table rase du passé mais que celui-ci constitue au contraire le terreau des transformations à venir.

 

Alors comment se projeter sur le temps long ?

C.R. : En étant particulièrement attentif aux mutations de la société, en intégrant le désir de co-construction dans une véritable logique de bottom-up , en associant l’ensemble des forces vives du territoire tout en définissant des axes directeurs incontournables. Ces axes sont, pour le site DMC : un projet respectueux du patrimoine bâti et le développement d’activités créatives ou s’inscrivant dans une logique d’économie de proximité.

 

En quoi consiste le label Iba Basel 2020 et ce comité scientifique ? Et pourquoi avoir fait le choix de l’international avec la Suisse et l’Allemagne avec le projet Motoco notamment ?

C.R. : Le label IBA Basel 2020 constitue une double reconnaissance. Celle de la qualité de la démarche menée notamment dans cette logique de bottom-up soulignée ci-dessus et celle de la qualité intrinsèque du projet urbain qui permet de préserver un patrimoine bâti remarquable et de l’inscrire dans un nouveau quartier pluri fonctionnel et offrant une large place aux déplacements doux et aux transports en commun.

L’IBA Basel traduit enfin l’attachement de la ville de Mulhouse à la coopération transfrontalière. La communauté de destin avec Bâle est une réalité, nos deux villes partagent plus qu’un même aéroport et doivent s’inscrire dans une logique de « liens et de lieux partagés » à l’échelle tri nationale largement promue par le Bureau IBA.

Par ailleurs Mulhouse a été jusqu’en 1798 une ville libre alliée aux cantons suisses. S’inscrire dans le cadre transfrontalier de l’IBA c’est à la fois une réalité de vie quotidienne des habitants de l’agglomération mais c’est aussi s’inscrire dans un parcours historique fait de collaborations.

DMC, Vue sur les bâtiments de bureaux, ©Reichen et Robert&associes, Architectes urbanistes, platforme perspective

 

Pour DMC, vous avez privilégié le « tout piéton », quelles sont les autres innovations en faveur du développement durable ?

C.R. : La formule du « tout piéton » est certainement excessive. Il s’agit de préserver la quiétude du cœur de quartier, d’en garantir la qualité des espaces publics futurs qui réside dans la simplicité d’aménagement faite de vastes bâtiments inscrits dans une nappe d’espaces ouverts, minéraux ou végétaux, mais sans clôture, sans entrave à la liberté du regard qui court de bâtiments en bâtiments, de briques rouges en briques rouges …

 

Comment s’est fait le choix des nouvelles implantations : Cité de l’entreprise, de l’Art, de l’économie durable, des habitations ?

C.R. :Les premières implantations sur le site sont le fruit d’une rencontre de deux projets IBA : celui du quartier DMC et celui de Motoco , porté par M. Schaub, directeur de l’Institut Hyperwerk à Bâle. Ce projet recherche un espace où expérimenter la construction d’une société créative post-industrielle au sein de laquelle la reproduction en masse cède la place à la création, à l’unité, où le travail à la chaine dirigé est remplacé par la production auto gérée, mais dans un modèle économique qui reste à consolider.

Au-delà de l’espace dévolu à Motoco, c’est surtout l’ensemble du quartier qui se transforme et mute avec la mise en place d’un hôtel d’entreprises dans un ancien bâtiment réhabilité par Citivia, mais aussi avec le projet de construction d’un véritable éco-quartier au voisinage de la halle aux cotons, projet porté par un investisseur parisien, sans oublier la volonté de Rhénamap (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) d’investir fortement sur ce site stratégique porteur d’une véritable identité de territoire.

DMC, Vue de nuit ©Reichen et Robert&associes, Architectes urbanistes, platforme perspective

 

Comment allez-vous conserver le témoignage de l’histoire industrielle rhénane ?

C.R. : Prioritairement en préservant les magnifiques bâtiments qui constituent l’âme du site, tant les immenses bâtiments en brique n°62 et 63, que le réfectoire qui s’inscrit dans un écrin de nature (bassin aux nénuphars) tout à fait extraordinaire.
Mais aussi en assurant la coexistence avec la poursuite des activités de l’entreprise DMC sur le site. Cette dernière doit pouvoir continuer à s’y épanouir et à s’y développer.

 

Est-ce que vous aviez déjà en tête un modèle réussi ?

C.R. : Lorsqu’on engage un tel projet il y a toujours une phase de benchmarking. La référence habituelle est celle de l’île de Nantes. Mais de ce benchmarking, il y a une idée essentielle à retenir. Chaque ville à ses spécificités et ses acteurs, l’important est plus dans la méthode : une animation de site solide et une intervention progressive, au fur et à mesure des projets qui émergent dans une logique bottom-up, souple et agile, permettent de rectifier les erreurs et de faire fructifier les réussites.

DMC, Vue sur l’ ancien réfectoire©Reichen et Robert&associes, Architectes urbanistes, platforme perspective

 

Accessibilité et ouverture du quartier, ce sont vos prochaines étapes ?

C.R. : Le site industriel a effectivement longtemps été enclavé, qualifié de cité interdite. Il reste aujourd’hui en grande partie clos mais son ouverture constitue une priorité d’action de la Ville. Elle est aujourd’hui largement enclenchée avec :

  • la création d’un pôle multimodal de transports au niveau de la gare de Dornach (station TER, tram-train, tramway et bus),
  • la fréquente ouverture du site pour des activités associatives, les dimanches créatifs de Motoco ou encore les visites organisées. Elle le sera encore plus demain par la transformation en espace public, notamment dévolu aux modes doux, des remarquables espaces extérieurs aux bâtiments, qu’ils soient végétaux, comme les abords du réfectoire, ou minéraux comme les deux axes de circulation qui structurent le site.

DMC, Vue aérienne ©Reichen et Robert&associes, Architectes urbanistes, platforme perspective